mardi 17 novembre 2020

samedi 31 octobre 2020

ARTISTES AU JARDINS 3 décrochage John K. MELVIN


 Le chêne d'Amérique de Bernard Charton a perdu ses feuilles, et Voci dal Vento  de John K Melvin vient d'être décroché par Xavier et Théo...

On pense déjà la suite, les projets vont bon train, on vous tient informés.

C.A.C.T.U.S. est OPTIMISTE !!!

mercredi 21 octobre 2020

Videos en attente

A la demande de Stéphane Tesson, réalisateur des videos présentées ici depuis lundi 19 octobre, nous devons les mettre "en attente". Un débit insuffisant semble en contrarier la lecture, et, pour l'auteur, dénaturer son travail. Le temps de trouver la parade et nous les remettrons en ligne...

samedi 17 octobre 2020

 La douceur de la porcelaine pour des outils agricoles

Elodie Cariou expose de la porcelaine dans un jardin, porcelaine fragile, d'un blanc lumineux. Dans l'un des carrés de cet espace très compartimenté, des dents d'animaux émergent de la terre, dressent leurs têtes insolentes, l'air de dire " Pourquoi nous déranger ?", elles sont là, alignés comme à l'armée, prêtes à mordre peut-être. Mais l'artiste a pour elles une certaine tendresse " Je les appelle Les tuberculeuses, j'aime ce mot, je ne sais pas pourquoi, ainsi disposées elles m'évoquent cela". Un mot doux pour ces dents carnassières. 

Plus loin, derrière la maison, dans un autre carré aux herbes folles, une partie volontairement laissée en jachère pour favoriser la diversité et nourrir les abeilles sans doute. Une herse est là, en morceaux, brisée, ou arracher là aussi à la terre où elle vivait bien cachée depuis quelques lunes. Etrange, elle n'est pas en métal rouillé, mais en belle porcelaine papier " Une forme de céramique que je pratique depuis cinq ans, cette pièce je l'ai conçue pour ce lieu précisément, la herse a cette forme géométrique qui lui correspond, mais morcelée pour pouvoir passer dans le four. Ce sont des modules que l'on assemble (ou pas) avec cette couleur d'un blanc laiteux en contradiction avec l'emploi de cet outil à l'origine" explique Elodie. (La herse avec ses pointes acérées a pour fonction de creuser les sillons dans le champ avant la semaison). 

Et voilà, un peu de tendresse dans ce monde fou.

( La porcelaine papier est une technique qui permet de réaliser des objets très fins et délicats.La porcelaine est mélangée à du papier qui se consume à la cuisson (entre 1200 et 1250°), il reste juste une fine pellicule de porcelaine très délicate. Cette technique est également utilisée par Aleksandra Ruszkiewicz, à la galerie eu Champ des Possibles à Plogonnec)

A voir chez Karine Phelep, au 26, chemin des Potiers


 


jeudi 15 octobre 2020

Openfield 3 + Artistes au jardin 3: présentation des artistes par Jean Yves PENNEC

Discours d'inauguration, samedi 10 octobre 2020 au Champ des possibles

Vernissage de Openfield 3 et Artistes au jardin 3 au Champ des possibles, Kerguinou, Plogonnec
Vernissage de Openfield 3 et "Artistes au jardin 3", au Champ des possibles, Kerguinou, ph. Sylvie LE GAC


OPENFIELD 3

Champ des Possibles KERGUINOU

Bruce GOULD

Bruce Gould a choisi de monter dans la grande salle cinq peintures acryliques , deux grands formats et en contrepoint trois petites pièces. Le travail de peinture de cet artiste qui est aussi céramiste se rattache de façon évidente au grand mouvement de peinture COLORFIELD PAINTING né à new York dans les années 40/50 avec comme figures célèbres des artistes célèbres comme Rothko, Sam Francis Elworth Kelly et bien d’autres encore.

Ce style caractéristique se reconnait par ses aplats de couleurs vives, l’absence de perspective, le développement pictural sur un seul plan, l’exclusion de la figuration.

Cette abstraction de la forme doit conduire le regardeur à une phase méditative. La couleur devient autonome et se place comme le sujet même du tableau. Ces taches de teintes souvent pures qui s’emboîtent , se marient, se disputent l’espace où s’entremêlent n’en sont pas moins une référence explicite à la nature et aux sentiments joyeux qu’inspirent des paysages, ici sans doute ceux de la presqu’ile de Crozon où vit l’artiste.

Bruce Gould par ce choix de peintures répond de manière très forte et pertinente à notre invitation sous l’appellation d’OPENFIELD.


Vincent GOURIOU

Dans la petite salle de la longère , qui avant d’accueillir des œuvres servait de crèche ou l’on élevait les veaux, Vincent GOURIOU a sélectionné dans son travail de photographe portraitiste, un ensemble d’images appartenant à une série qu’il a consacré à des personnages singuliers habitant la campagne bretonne. Un couple d’hommes mariés, bretonnants revenus vers la nature et y travaillant et un éleveur ayant repris la ferme de ses parents. Tous les trois vivant leur choix de différence dans un univers où végétaux et animaux font leur décor quotidien.

Dans ces deux histoires simples, paysannes, Vincent Gouriou nous révèle par son approche fine, douce et sensible de ces personnages, une humanité d’une extrême beauté.

De ces clairs obscurs subtils se dégage une sensualité précieuse, tout à la fois respectueuse et heureuse qui dit bien la force et la profondeur des affections intimes qui relient les êtres vivants, hommes et animaux.

Notez bien l’éclat discret de la couleur et le chemin de la lumière dans cet exceptionnel éloge de l’ombre.


Mael NOZAHIC

Cinq loups en or vous accueillent dès que vous avez franchi le seuil de la grande salle de la galerie. Ils reviennent d’un long séjour éprouvant dans les bois d’Auvergne et leur corps de cellulose de bois et de papier mâché garde encore sur le pelage les marques d’une brillance qui s’est estompée.

Cette meute du dernier chic sort tout droit d’une légende locale qui racontait à la suite d’aventures, le pacte passé entre les hommes et la bête sauvage attestant d’un accord qui définissait pour chacun un territoire respectif.

Le bestiaire fantastique est l’une des constantes de l’univers artistique de Mael Nozahic qu’elle développe surtout par le médium de la peinture.

Dans les cinq aquarelles aux teintes vives qu’elle a choisi d’accrocher sur les murs, se manifeste dans cette galerie de personnages burlesques un échantillon représentatif de la richesse de son vocabulaire c’est-à-dire : un goût certain pour le carnaval, les chimères, les rituels profanes, un sens particulier du sacré, une fascination pour l’étrange, de nombreuses références à l’histoire de la peinture, le recours aux invraisemblances oniriques.

A sa manière bien particulière qui sait se faire l’alliée d’une exubérance et d’un cocasse assumés, elle nous invite au travers d’une relecture de nos cultures à rire, comme le firent Jérome Bosch et James Ensor, malgré les temps incertains que nous traversons et à nous interroger sur notre relation si problématique avec la nature.


Eunji PEIGNARD KIM

Il serait faux de penser que L’homme a disparu des préoccupations d’Eunji PEIGNARD KIM qui a choisi de s’adresser à nous par le dessin. Un dessin d’un réalisme troublant témoignant d’un savoir-faire virtuose qui s’attache la plupart du temps à des sujets qu’elle va chercher dans le règne végétal ou animal.

Dans ses propositions où elle explore l’univers des sciences naturelles ainsi que les outils spécifiques de représentation de ce milieu, elle a par exemple opté ici pour trois caissons lumineux et une version très agrandie d’un fœtus de kangourou qu’elle a pu observer dans un musée de Lausanne .

C’est bien sûr notre positionnement face aux autres règnes qu’elle souhaite interpeler.

« Le sommeil de K » nous touche par sa présence augmentée dûe au changement d’échelle opérée par Eunji qui fait de cet embryon caressé par sa sanguine un être fragile que nous devons protéger ou un alien ennemi à supprimer.

Dans le »cri de l’orme » dessiné à la pierre noire sur papier calque se profile à travers le réseau des branches en étoiles ou le duvet moussu de « l’homme des bois » une déroutante ambiguïté qui nous rappelle qu’il faut interroger nos grilles de lecture séparant irrémédiablement minéraux, végétaux, animaux des humains.



Aleksandra RUSZKIEVICZ

Aleksandra RUSZKIEWICZ a bien observé lors de sa première visite à KERGUINOU la déclivité accusée du sol de la petite salle ainsi que les marques sur le ciment d’anciennes cloisons qui séparaient autrefois les animaux lorsque cette pièce les accueillait.

Elle a aussi beaucoup cherché à en savoir plus sur la vie qui était celle de la ferme et de cet espace en parlant avec Elodie et ses parents, leurs habitants. Et c’est bien là qu’elle a décidé de faire apparaître, on pourrait même dire réapparaître, une trace éphémère du passé.

Dans un geste qui se souvient peut-être du dripping pratiqué par Jackson Pollock, mais cette fois dans une version tendre, apaisée et monochrome elle a chorégraphié sa coulée douce de lait.

Cette inclinaison marquée pour la création in-situ et le goût de la présence infime, fragile est une caractéristique de la démarche d’Aleksandra qui exige du visiteur une mise en éveil de tous ses sens sous peine de manquer le rendez-vous qu’elle lui donne.

Qui remarquera à côté de la coulée et suspendus à une poutre au- dessus de celle-ci , les licols en porcelaine blanche qui rappellent ceux en cuir que l’on nouait à l’aide d’une boucle à la tête des bêtes, pourra poursuivre en silence la rêverie mémorielle à laquelle Aleksandra nous invite.


mercredi 14 octobre 2020

Aventure au long cours avec Yanik Pen'Du

Ce sont des échanges entre un texte de Jean Louis Chabert Dubois et le travail de Yanik Pen'Du sur sculpture d'oiseaux de bronze en plein envol qui sont à l'origine de l'exposition proposée à CACTUS. Ce sont ces mêmes oiseaux qu'il décline sur des branches de châtaigniers dans le jardin en escalier de Maud Kramp. Un jardin qui a fortement inspiré l'artiste pour la présentation de ce travail. Au fur et à mesure que l'on grimpe, il apporte au visiteur une vue panoramique d'une partie de Quimper. La vue que ces oiseaux voient. Ils sont prêts à partir pour d'autres horizons comme dans le texte du poète. 

Sur chaque branche est incrustée une coulée d'étain qui d'une écriture ronde presque lascive, donne un extrait du texte cité çi-dessus. Un oiseau raconte sa nécessité de quitter son nid pour un ailleurs meilleur mais aussi inconnu " Ils m'ont dit que partir c'était mourir peut-être. Ce que je sais c'est que rester, c'est mourir assurément". Chaque phrase est choisie d'après la forme de la branche que l'artiste a ramassé à terre, mais aussi d'après la forme du terrain où la branche est posée.

 Naturellement, il s'agit d'un travail sur la migration, thème cher à Yanik Pen'Du qui est un habitué des voyages lointains pour des résidences d'artiste, avec cette peur au ventre d'aborder l'étranger, l'inconfort de quitter son atelier, son environnement. Certes, il ne côtoie pas la mort comme les migrants, mais il ressent cette contradiction en lui, entre partir vers l'inconnu et s'enrichir d'autres cultures ou rester sur sa terre avec ses seuls acquis.

Ces oiseaux ont sur leurs ailes le dessin d'une dentelle bretonne " Ma façon d'amener avec moi, ma propre culture", de se rassurer un peu. 

L'oiseau installé tout en haut du jardin n'est pas posé sur une branche, il se repose au bord d'une coupe où le texte est intégralement retranscrit, mais recouvert d'eau. Les ondes permanentes semblent se propager à l'infini pour diffuser le texte à l'infini. Le monde des oiseaux, sans frontières...  

                      Yanik Pen'Du et l'un de ses oiseaux prêts pour un voyage vers l'inconnu

 


lundi 12 octobre 2020

Coulée de lait dans une étable à veaux

Aleksandra Ruszkiewicz a donné des sueurs froides à CACTUS, mais à elle aussi.Ce qu'elle aime, ce qu'elle offre en tant qu'artiste, c'est un travail In Situ qu'elle prend le temps de réaliser, un travail souvent fragile que le spectateur doit appréhender  le souffle suspendu, tranquillement. Avant la réalisation, elle s'imprègne du lieu où elle va produire une oeuvre. Avec les contre-temps dus au COVID, son projet s'est modifié, a évolué, s'est enfin précipité, ce qu'elle redoutait. Mais l'idée initiale est là.

Au départ donc, il y a eu la visite du lieu, en hiver, la galerie le Champ des Possibles, à Plogonnec, un ancien bâtiment de ferme " Les stigmates de la stabulation, le sol penché, ont réveillé en moi des souvenirs d'enfance, mon grand-père était aussi agriculteur en Pologne. Je connais ça! Et de plus, en tant que sculpteur, ce sol qui penche, c'est irrésistible. La coulée de lait m'est rapidement venue à l'esprit. J'ai aussi naturellement beaucoup parlé avec les propriétaires du lieu, Elodie Cariou et ses parents, de leur vie à la ferme, leur travail, le lait en poudre que l'on prépare pour les veaux. C'est une sorte de madeleine de Proust  pour moi. Mais je n'avais jamais travaillé avec de matériau, le lait ! J'ai aussi imaginé le lien qui domestique l'animal, le licol, que j'ai voulu évoquer en miniature, pas de façon ostentatoire. Je l'ai réalisé en porcelaine papier, une technique que je j'avais jamais utilisée qui donne un rendu sensuel, étonnant".

Mais ce n'est pas tout. Ce projet a été pour l'artiste chevronnée un véritable moment d'apprentissage, de découvertes " Il fallait que je trouve une équivalence pour représenter le lait que je ne voulais pas gaspiller, une matière blanche, liquide, qui ne s'étale pas trop, qui trouve son cheminement sur le sol penché. Mais avec deux jours de travail possibles, c'était court ! Avec la paraffine à laquelle j'ai pensé, difficile de trouver la bonne couleur. J'ai contacté un chimiste qui m'a conseillé et c'est ainsi que j'ai utilisé des granulés de sol qui servent pour faire des bougies. J'y ai ajouté 10 % de vaseline, qui en plus apporte du gras". Un véritable travail de laboratoire, d'expérimentation. On oublie parfois que l'artiste est toujours en recherche de moyens techniques, bassement matériels, pour pouvoir donner corps à une idée, qui elle, n'est que poésie. Oui, le travail d'artiste, c'est 90 % de sueur, de travail physique ou mental, et 10 % d'inspiration ! Mais cette inspiration, cette petite lumière ne le quitte jamais, l'obsède souvent jusqu'au moment où l'oeuvre est là, évidente, accomplie, fragile, presque invisible parfois, comme cette belle coulée de lait sur le ciment torturé de l'étable des veaux.


Aleksandra Ruszkiewicz à droite, explique son travail à Claudine, bénévole de CACTUS.

Au premier plan (ou presque), la coulée de lait qui se dirige vers le licol brisé.