12 octobre 2020

Coulée de lait dans une étable à veaux

Aleksandra Ruszkiewicz a donné des sueurs froides à CACTUS, mais à elle aussi.Ce qu'elle aime, ce qu'elle offre en tant qu'artiste, c'est un travail In Situ qu'elle prend le temps de réaliser, un travail souvent fragile que le spectateur doit appréhender  le souffle suspendu, tranquillement. Avant la réalisation, elle s'imprègne du lieu où elle va produire une oeuvre. Avec les contre-temps dus au COVID, son projet s'est modifié, a évolué, s'est enfin précipité, ce qu'elle redoutait. Mais l'idée initiale est là.

Au départ donc, il y a eu la visite du lieu, en hiver, la galerie le Champ des Possibles, à Plogonnec, un ancien bâtiment de ferme " Les stigmates de la stabulation, le sol penché, ont réveillé en moi des souvenirs d'enfance, mon grand-père était aussi agriculteur en Pologne. Je connais ça! Et de plus, en tant que sculpteur, ce sol qui penche, c'est irrésistible. La coulée de lait m'est rapidement venue à l'esprit. J'ai aussi naturellement beaucoup parlé avec les propriétaires du lieu, Elodie Cariou et ses parents, de leur vie à la ferme, leur travail, le lait en poudre que l'on prépare pour les veaux. C'est une sorte de madeleine de Proust  pour moi. Mais je n'avais jamais travaillé avec de matériau, le lait ! J'ai aussi imaginé le lien qui domestique l'animal, le licol, que j'ai voulu évoquer en miniature, pas de façon ostentatoire. Je l'ai réalisé en porcelaine papier, une technique que je j'avais jamais utilisée qui donne un rendu sensuel, étonnant".

Mais ce n'est pas tout. Ce projet a été pour l'artiste chevronnée un véritable moment d'apprentissage, de découvertes " Il fallait que je trouve une équivalence pour représenter le lait que je ne voulais pas gaspiller, une matière blanche, liquide, qui ne s'étale pas trop, qui trouve son cheminement sur le sol penché. Mais avec deux jours de travail possibles, c'était court ! Avec la paraffine à laquelle j'ai pensé, difficile de trouver la bonne couleur. J'ai contacté un chimiste qui m'a conseillé et c'est ainsi que j'ai utilisé des granulés de sol qui servent pour faire des bougies. J'y ai ajouté 10 % de vaseline, qui en plus apporte du gras". Un véritable travail de laboratoire, d'expérimentation. On oublie parfois que l'artiste est toujours en recherche de moyens techniques, bassement matériels, pour pouvoir donner corps à une idée, qui elle, n'est que poésie. Oui, le travail d'artiste, c'est 90 % de sueur, de travail physique ou mental, et 10 % d'inspiration ! Mais cette inspiration, cette petite lumière ne le quitte jamais, l'obsède souvent jusqu'au moment où l'oeuvre est là, évidente, accomplie, fragile, presque invisible parfois, comme cette belle coulée de lait sur le ciment torturé de l'étable des veaux.


Aleksandra Ruszkiewicz à droite, explique son travail à Claudine, bénévole de CACTUS.

Au premier plan (ou presque), la coulée de lait qui se dirige vers le licol brisé.

08 octobre 2020

C.A.C.T.U.S recommande les bottes

 ... et une tenue chaude pour le vernissage, en extérieur avec distances


Morgan DANVEAU pour C.A.C.T.U.S
Morgan DANVEAU pour C.A.C.T.U.S

 Des loups et des hommes à Kerguinou 

Plus que deux jours avant l'ouverture de la nouvelle édition d'artistes au jardin couplé avec Openfield. C'est l'effervescence, mais dans le calme, un peu contradictoire peut-être, mais, un accrochage ça se fait dans une atmosphère zen, on respire à peine quand l'artiste cherche exactement l'ordre, l'emplacement pour installer ses oeuvres. Le petit personnel (l'association C.A.C.T.U.S) est concentrée à fond, à l'écoute pour une exposition parfaite qui s'ouvre au public samedi prochain. 

Ce jeudi, on installe des...loups ! des loups en or en plus. Ceux créés par Maël Nozahic pour une exposition qui a eu lieu en 2019 en Auvergne. Il s'agissait du festival Horizons Sancy qui rassemblait plusieurs sculpteurs " Les loups sont restés quatre mois exposés en plein air, d'où une patine que l'on peut constater sur la peinture dorée et la feuille d'or qui les recouvrent". Réalisés en cellulose de bois et papier mâché, ils sont à la fois réalistes et fantastiques " Ce n'est pas ma pratique principale, je suis surtout peintre" ( aquarelle et huile), mais Maël reste cependant toujours dans ce monde fantastique, inspiré du légendaire et réalisé à partir de toute une banque de photos sur des parcs d'attraction, des carnavals, des masques, commedia dell 'arte et aussi une faune étrange où l'homme s'il est présent est complètement immergé dans l'univers originel, celui ou il est l'égal de l'animal, à moins que ce ne soit le contraire. Un monde onirique où l'on sent l'influence du Douanier Rousseau, mais aussi d'Ensor, le flamand fou, tout au moins pour la thématique. 

Maël  Nozahic installe ses loups magnifiques avant d'accrocher ses aquarelles.

Dans la pièce voisine, Vincent Gourou, le photographe hésite, ce n'est pas chose aisée que d'accrocher des photos sur des murs un peu irréguliers, une ancienne étable. Et son sujet s'y prête pourtant parfaitement. Il présente deux histoires, deux parcours d'hommes qui ont choisi de vivre au contact de la nature. D'une part un couple, Fulup et Yann-Pier, deux enseignants mariés en 2015 et qui font le pari, parallèlement à leur métier premier, de vivre en autonomie avec une petite exploitation, une serre, un potager " Je les ai contactés après les avoir vus sur France 3 lors d'un reportage sur le mariage pour tous. Ils venaient de se marier, et ils s'exprimaient en breton. C'est un projet au long cours, je les ai revus récemment". L'artiste photographe choisit le plus souvent des sujets qui interrogent, qui nous obligent à regarder d'autres vies que la nôtre, d'autres réalités.

L'autre homme, Vincent l'a trouvé sur les réseaux sociaux. C'est un éleveur, Pascal, qui venait de reprendre la ferme de ses parents " Ca m'intéressait de montrer comment il pouvait vivre son homosexualité dans ce milieu, ce n'est pas facile, j'ai capté cette solitude au quotidien, il y a un côté militant chez lui, à la fois en tant que gay et par rapport au mouvement vegan, avec cette difficulté aussi de trouver un compagnon qui accepte de vivre dans cet isolement". Pourtant quand on regarde les clichés, on est tout de suite séduit par la beauté de ce monde, de ce rapport entre l'homme et l'animal que ce soit la vache ou le veau. La façon de photographier de l'artiste, accentue ce plaisir de l'oeil, avec juste un rayon de lumière naturelle qui nous amène instantanément dans le monde de Vermeer, Rembrandt, Le Caravage. L'aspect satiné des photos apporte encore plus de sensualité au sujet, qu'il soit au travail, à la traite, ou assis mélancoliquement au bord d'une fenêtre avec vue sur sa ferme, la campagne " Mais toujours dans une lumière cotonneuse, le matin très tôt, ou quand il pleut". 

Vincent Gourou organise l'accrochage de son travail


Tout en précision et délicatesse ...

 

06 octobre 2020

La galerie “Au champ des possibles” porte bien son nom

La préparation de l'exposition au Champ des Possibles à Plogonnec s'accélère fébrilement.

D'un côté, Aleksandra Ruszkiewicz avec deux autres personnes, à genoux, gratte avec énergie le sol pour mettre en place son installation originale in situ, une coulée de lait.... 

Sur les murs rustiques de la galerie, les grands tableaux furieusement colorés de Bruce Gould sont déjà accrochés, ils côtoient d'autres plus petits et plus sobres. On est clairement dans la peinture. 

Vision différente de la couleur avec l'artiste coréenne, Eunji Peinard-Kim, ancienne étudiante de l'école des Beaux-Arts de Lorient, et qui maintenant y enseigne le dessin. Et quel dessin ! Elle nous en donne un aperçu aux cimaises du lieu. Tout le monde s'affaire autour de ses oeuvres qui ne laissent pas indifférent. Un dessin d'une précision incroyable sur des sujets originaux inspirés directement de la nature. "Le sommeil de K" représente un foetus de kangourou photographié dans un bocal à Lausanne " J'aime fréquenter les musées d'histoire naturelle. J'ai travaillé dans celui de Nantes pendant 6 ans, je préparais des panneaux pédagogiques". Dans mon travail, je me sers de ces formes que j'agrandis comme on peut le voir dans les films de sciences fiction avec ces insectes géants, Alien par exemple s'est inspiré des crustacés des profondeurs de l'océan. Je joue sur les variations d'échelle" Travaillé à la couleur sépia et à la pierre noire cela donne une forme monstrueuse certes, mais superbement dessinée avec toutes les variations de teinte de la peau grâce à un habile travail d'effacement, de superposition là, de transparence ailleurs " Cette oeuvre date de 2011". 

 Les trois autres réalisations accrochées au mur, ce sont des tableaux lumineux, des dessins à la pierre noire effectués sur du papier calque éclairé à l'arrière par des Leds. " Le cri de l'orme"   se présente sous la forme

"Homme des bois"

"Le sommeil de K" et Eunji Peinard-Kim

de deux tableaux qui utilisent comme modèle des branches d'ormes malades, branches desséchées, recomposées où les rameaux s'entremêlent, se pénètrent. 
Pour "Homme des bois", c'est une souche recouverte de mousse, là encore réinterprétée, une masse de formes molles, denses, qui semblent recouvrir un mystère, l'entrée d'une grotte, celle d'Alice peut-être, ou effectivement, un homme hirsute tassé sur lui-même, complètement englouti par la nature qui l'entoure. Toutes ces oeuvres laissent libre cours à l'imagination du spectateur, elles sont complètement liées au monde végétal et animal qui reprend ses droits, s'impose à notre regard. 

Mais les installations ne sont pas encore terminées au Champ des possibles et réserve bien des surprises...  

Itinéraire "Artistes au jardin 3" et "Openfield 3"

Sam 10, dim 11 oct de 14h à 19h

Ven 16, sam 17 , dim 18 oct de 14h à 19h

05 octobre 2020

 Installation éphémère de Jean-Paul Thaeron

Des formes élancées d'un jaune éclatant ont pris pension dans la superbe propriété de Bernard Charton décédé brutalement en août dernier. Mais voilà, avec cet ensemble, la vie semble reprendre sa place dans le parc. Ces formes stylisées qui évoquent des lances, pics, tenailles, colonnes baroques, blasons, aussi bien du végétal que du mobilier ou autre,  elles servent à mettre en place tout un vocabulaire propre à l'artiste Jean-Paul Thaeron et font écho aux cloches presque tibétaines de John Melvin, juste derrière, dans le grand chêne. Dans les deux cas, on perçoit un lien fort, intime, entre la création humaine inspirée par et pour la nature.

L'installation imposante de l'artiste concarnois qui a trouvé l'atelier de ses rêves dans le nord-Finistère, à Lanrivoaré, peut aussi rappeler l'observatoire astronomique de Jaipur au Rajasthan. Le Yantra Mandir (1727), ensemble de sculptures monumentales représentant 17 instruments qui permettent de lire dans le ciel (cadrans, astrolabe,etc...). Des formes intemporelles et universelles qui interprètent le monde.

 Ici, elles ont été créées en 1997 pour une exposition collective d'artistes praguois avec un artiste breton, Jean-Paul Thaeron, au château de Beaumanoir à Quintin. Depuis, l'ensemble n'avait pas été exposé.  

Le matériau il est vrai ne peut permettre d'être installé durablement, il s'agit de contreplaqué peint. Pour que l'oeuvre ne soit pas montrée de façon éphémère, il faudrait la construire dans un autre matériau comme l'acier, ce qui est le cas pour les oeuvres de l'artiste exposées à Kerguinou. Elles sont plus récentes, mais l'inspiration est toujours la-même." En trente ans, les choses bougent, mais on retrouve la même famille de formes, le même vocabulaire stylistique dans des matériaux différents. Vocabulaire que j'utilise aussi pour mes peintures aujourd'hui avec certes des lignes plus sinueuses autorisées par l'outil utilisé (le pinceau principalement), en sculpture, c'est plus rigoureux".




Installation héroïque de l'oeuvre de Jean-Paul Thaeron avec l'artiste, Jean-Pierre et Yvan.



01 octobre 2020




Un Chêne d'Amérique pour un Californien quimpérois

Jeudi 1er octobre, installation d'une oeuvre musicale de John K.Melvin aux branches d'un chêne palustre d'Amérique. Le chêne en lui-même est déjà impressionnant, situé dans un parc magnifique, caché aux yeux du monde par de puissants massifs. Ce lieu accueillera bientôt le public invité par C.A.C.T.U.S. Il aura devant lui cet O.V.N.I conçu et réalisé en Italie, à Sienne très exactement. Des sortes de cloches de bambou (italien) sur lesquelles sont inscrites des histoires, des dessins.

Cette oeuvre est complètement dans l'optique du travail de l'artiste américain John K Melvin. On retrouve ses installations un peu partout dans le monde. " Ici, c'est le résultat d'un workshop d'une quarantaine de personnes, mis en place par le Siena art institut en 2018. Chacune a apporté une histoire, un morceau de sa mémoire, des évènement qui l'ont marquée, des fêtes, des rivalités de quartier (comme Sienne et d'autres villes italiennes en ont le secret et qui aboutissent à des compétitions folles). Mais ces personnes qui sont à l'origine de cette oeuvre sont surtout des oubliées, des handicapés, des personnes âgées, qui ont pourtant beaucoup à raconter". Et ces cloches qui vibrent dans le vent interpellent sur leur existence.

Tout un monde que l'artiste aime à convoquer quand il met en place un projet " Je suis un américain, chez moi, il n'y en a que pour les winners, les gagnants, alors que derrière, cachées, il y a des personnes magnifiques que l'on ne voit pas ou  ne veut pas voir". John travaille avec le public et plus particulièrement ce public effacé, et non pas seulement pour le public " A notre époque, c'est important pour un artiste de réaliser une oeuvre activiste (sans être un activiste soi-même), parce qu'il y a beaucoup de questions à poser : Qu'est ce que l'on va faire pour les personnes handicapées ? mais aussi Qu'est ce que l'on va faire de la pollution, du problème du plastique ?" Question posée lors d'un travail au Cambodge. 


John K. Melvin, natif d'Oakland en Californie a choisi de vivre à Quimper d'où il rayonne vers d'autres horizons comme l'Italie, mais aussi l'Asie, les U.S.A, l'Europe de l'Est..."J'étais venu travailler en 2005 dans l'école d'art contemporain américaine installée à Pont-Aven, et j'ai eu le coup de foudre pour cette région".