jeudi 8 octobre 2020

 Des loups et des hommes à Kerguinou 

Plus que deux jours avant l'ouverture de la nouvelle édition d'artistes au jardin couplé avec Openfield. C'est l'effervescence, mais dans le calme, un peu contradictoire peut-être, mais, un accrochage ça se fait dans une atmosphère zen, on respire à peine quand l'artiste cherche exactement l'ordre, l'emplacement pour installer ses oeuvres. Le petit personnel (l'association C.A.C.T.U.S) est concentrée à fond, à l'écoute pour une exposition parfaite qui s'ouvre au public samedi prochain. 

Ce jeudi, on installe des...loups ! des loups en or en plus. Ceux créés par Maël Nozahic pour une exposition qui a eu lieu en 2019 en Auvergne. Il s'agissait du festival Horizons Sancy qui rassemblait plusieurs sculpteurs " Les loups sont restés quatre mois exposés en plein air, d'où une patine que l'on peut constater sur la peinture dorée et la feuille d'or qui les recouvrent". Réalisés en cellulose de bois et papier mâché, ils sont à la fois réalistes et fantastiques " Ce n'est pas ma pratique principale, je suis surtout peintre" ( aquarelle et huile), mais Maël reste cependant toujours dans ce monde fantastique, inspiré du légendaire et réalisé à partir de toute une banque de photos sur des parcs d'attraction, des carnavals, des masques, commedia dell 'arte et aussi une faune étrange où l'homme s'il est présent est complètement immergé dans l'univers originel, celui ou il est l'égal de l'animal, à moins que ce ne soit le contraire. Un monde onirique où l'on sent l'influence du Douanier Rousseau, mais aussi d'Ensor, le flamand fou, tout au moins pour la thématique. 

Maël  Nozahic installe ses loups magnifiques avant d'accrocher ses aquarelles.

Dans la pièce voisine, Vincent Gourou, le photographe hésite, ce n'est pas chose aisée que d'accrocher des photos sur des murs un peu irréguliers, une ancienne étable. Et son sujet s'y prête pourtant parfaitement. Il présente deux histoires, deux parcours d'hommes qui ont choisi de vivre au contact de la nature. D'une part un couple, Fulup et Yann-Pier, deux enseignants mariés en 2015 et qui font le pari, parallèlement à leur métier premier, de vivre en autonomie avec une petite exploitation, une serre, un potager " Je les ai contactés après les avoir vus sur France 3 lors d'un reportage sur le mariage pour tous. Ils venaient de se marier, et ils s'exprimaient en breton. C'est un projet au long cours, je les ai revus récemment". L'artiste photographe choisit le plus souvent des sujets qui interrogent, qui nous obligent à regarder d'autres vies que la nôtre, d'autres réalités.

L'autre homme, Vincent l'a trouvé sur les réseaux sociaux. C'est un éleveur, Pascal, qui venait de reprendre la ferme de ses parents " Ca m'intéressait de montrer comment il pouvait vivre son homosexualité dans ce milieu, ce n'est pas facile, j'ai capté cette solitude au quotidien, il y a un côté militant chez lui, à la fois en tant que gay et par rapport au mouvement vegan, avec cette difficulté aussi de trouver un compagnon qui accepte de vivre dans cet isolement". Pourtant quand on regarde les clichés, on est tout de suite séduit par la beauté de ce monde, de ce rapport entre l'homme et l'animal que ce soit la vache ou le veau. La façon de photographier de l'artiste, accentue ce plaisir de l'oeil, avec juste un rayon de lumière naturelle qui nous amène instantanément dans le monde de Vermeer, Rembrandt, Le Caravage. L'aspect satiné des photos apporte encore plus de sensualité au sujet, qu'il soit au travail, à la traite, ou assis mélancoliquement au bord d'une fenêtre avec vue sur sa ferme, la campagne " Mais toujours dans une lumière cotonneuse, le matin très tôt, ou quand il pleut". 

Vincent Gourou organise l'accrochage de son travail


Tout en précision et délicatesse ...

 

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